Organisation de la pêche professionnelle

Le Comité national de la pêche professionnelle en eau douce (Conapped) est l'organisation représentative des pêcheurs professionnels. Il regroupe dix associations agréées réparties sur l’ensemble des bassins hydrographiques français.

Le Conapped

Constitué le 10 mars 2008, sous l’égide du ministère de l’Écologie et dans le cadre de la loi sur l’eau, le Comité national de la pêche professionnelle en eau douce (Conapped) réunit les dix associations agréées de pêcheurs professionnels en eau douce : Adour, Garonne-Dordogne, Gironde, lacs alpins (lacs Léman, du Bourget et d’Annecy), Loire-Atlantique, Loire-Bretagne, Rhin, Rhône aval Méditerranée, Saône-Doubs et Haut-Rhône, Seine-Normandie.

Son conseil d’administration compte vingt-deux membres. Il est actuellement présidé par Didier Macé, pêcheur professionnel et président de l’association de Loire-Atlantique.

Le Conapped a succédé à la Cnapped (Coordination nationale de la pêche professionnelle en eau douce), association créée par les professionnels en 1988.

Un interlocuteur privilégié

Le Conapped est l’interlocuteur des pouvoirs publics au niveau national : ministères de de la Transition écologique et solidaire, de l’Agriculture, Office français de la biodiversité (OFB), France Agrimer.

Il assure un suivi des dossiers dans les instances nationales telles que le Comité national de l’eau (avec ses commissions de suivi hydrologique et pêche, cette dernière donnant les avis sur les modifications de la réglementation de la pêche en eau douce), le Comité national PCB, le Comité national anguille, le Comité national de la biodiversité,…), contribue au Conseil spécialisé pour les produits de la mer, de l’aquaculture et de la pêche professionnelle en eau douce.

Ses missions

  • Représenter et promouvoir les activités des pêcheurs professionnels fluviaux et maritimes
  • S’impliquer dans l’organisation de la profession
  • Réaliser des actions économiques et sociales
  • Participer à la préservation du milieu aquatique
  • Contribuer à la gestion équilibrée des ressources et à l’amélioration des conditions de production
  • Diffuser le savoir-faire
  • Fournir une assistance technique à la profession
  • Contribuer aux études scientifiques et économiques
  • Travailler en lien avec les instituts scientifiques : Muséum national d’histoire naturelle, IRSTEA, Ifremer, CNRS, INRA, universités
  • Participer aux discussions sur les mesures réglementaires
  • Informer ses adhérents de l’actualité de la profession

Ses actions

  • Valorisation des espèces abondantes (lamproies, silures, mulets) ou invasives (écrevisses)
  • Mises en place des partenariats dans le cadre de la sauvegarde de certaines espèces (l’anguille avec EDF et Indicang)
  • Organisation d’une filière de repeuplement de l’anguille
  • Préconisation des techniques de pêche en accord avec une pêche durable (guide de bonnes pratiques) en collaboration avec le Cnpmem
  • Participation à la définition et à la mise en œuvre de la Stratégie nationale des poissons migrateurs (Stranapomi)

Radioscopies de la pêche continentale française et européenne

Visions hexagonales

En 1985, Gérard Castelnaud de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) de Bordeaux parcourait trois siècles (XVIIIe-XXe) de pêche aux poissons migrateurs en Gironde, enquête historique et économique qu’il concluait de plusieurs propositions de gestion dont un appui technique à la profession.

À partir de 1992, universitaires et chercheurs sont allés régulièrement à la rencontre des pêcheurs professionnels en eau douce. Cette année-là, l’Irstea de Bordeaux, de nouveau, dressait un premier panorama national des composantes socio-économiques d’une profession alors forte de plus de 500 entreprises et de plus de 600 pêcheurs (1, 2, 3 et 4).
Sept ans plus tard, en 1999, Yves Perraudeau et Loïc Champion, du laboratoire universitaire de recherche en économie maritime (Len Corrail) de la faculté des sciences économiques et de gestion de Nantes, s’attachaient de nouveau à évaluer l’impact social et le poids économique de la pêche continentale française. En 2000, Gérard Castelnaud publiait Localisation de la pêche, effectifs de pêcheurs et productions des espèces amphihalines dans les fleuves françaisIl dressait, en 2002, avec Gilles Cauvin de l’Institut des milieux aquatiques (Ima), dans une étude halieutique et socio-économique, les Caractéristiques des petites pêches côtières et estuariennes de la côte atlantique du sud de l’Europe.
En 2005, dans le cadre de la commission consultative pour les pêches et l’aquaculture dans les eaux intérieures de la FAO (CECPAI), Gérad Castelnaud publiait, avec Claudine Loste, du CEPRALMAR de Montpellier, et Loïc Champion, de la faculté des Sciences économiques et de gestion de Nantes, La pêche commerciale dans les eaux intérieures françaises à l’aube du 21esiècle : bilan et perspectives.

En 2009, le ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du développement durable et de la Mer (Meeddm) confiait au bureau d’études, And international, le soin d’ausculter une profession qui a perdu, en à peine vingt ans, près d’un tiers de ses effectifs.

En 2018, France Agrimer publiait une étude sur la valorisation économique des espèces invasives d’eau douce en France.

Aperçus européens

En 2009, And international passait également en revue l’ensemble des pêcheries continentales européennes dans le cadre des études liées à la mise en œuvre du fonds européen pour la pêche et à l’intervention de l’Union européenne dans la pêche commerciale intérieure.

On retrouve des pêcheurs continentaux dans 21 des 27 États membres de l’Union européenne. En République Tchèque et au Danemark, les pêcheries professionnelles comptent moins de 20 pêcheurs. La Belgique, Chypre, Malte, le Luxembourg, la Slovaquie et la Slovénie réservent l’exploitation de leurs ressources piscicoles aux pêcheurs de loisir et/ou à l’aquaculture.

Monographies régionales

« Le système fluvio-estuarien de la Gironde est soumis à de fortes pressions humaines (réceptacle des pollutions du bassin, dragage et immersion de sédiments, refroidissement de la centrale nucléaire, navigation, aménagement des berges, urbanisation…) en constante évolution. S’y ajoute l’effet du réchauffement climatique avec une augmentation de la température moyenne de l’estuaire de 2 °C en 30 ans, et, depuis 2003, une succession d’années sèches et donc de débits fluviaux très faibles (excepté 2008) » écrivent Michel Girardin, Gérard Castelnau et Jérémy Lobry, d’Irstea, en introduction de leur ouvrage, paru en décembre 2014, Surveillance halieutique de l’estuaire de la Gironde. Suivi des captures et étude de la faune circulante en 2013 (1, 2 et 3).
Sur les 30 dernières années, la diversité faunistique s’est maintenue, mais « la tendance lourde à la baisse d’abondance se poursuit » ajoutent-ils. Aloses et anguilles se raréfient. L’éperlan n’a plus été aperçu depuis 2006…

Dix associations agréées de pêcheurs professionnels en eau douce

Les pêcheurs professionnels de l’Adour et des versants côtiers

Pêcheur professionnel en eau douce de l'Adour

Le bassin de l’Adour est un petit bassin hydrographique de 17 000 km².

La pêche professionnelle s’y exerce en Adour, essentiellement dans les eaux de la partie aval de ce fleuve de 308 kilomètres de long, dans les Gaves, et dans les courants côtiers de Mimizan et de Contis, appellations des petits fleuves de moins d’une dizaine de kilomètres dans les Landes.

L’association compte une cinquantaine de pêcheurs fluviaux et de marins-pêcheurs, une population âgée majoritairement de plus de 50 ans. Nombre des pêcheurs fluviaux sont des pluri-actifs qui ne se consacrent qu’à la pêche de la civelle. Elle est désormais quasiment la seule ressource exploitée, et son exploitation, sous quotas redéfinis chaque année, est extrêmement réglementée.

Aloses, lamproies marines, saumons et truites de mer constituaient encore récemment des ressources qui permettaient à un certain nombre de pêcheurs d’exercer leur activité à temps plein. Mais, à partir de 2023, la justice administrative prononçait des interdictions d’utilisation du filet dérivant, seul engin de pêche parfaitement adapté aux conditions hydrologiques tourmentées des eaux du bassin.

Les pêcheurs professionnels exerçant dans la partie amont de l’Adour exploitent l’anguille jaune à l’occasion.

Les pêcheurs professionnels peuvent également être sollicités pour participer à des études scientifiques sur l’exploitation des ressources, pour la connaissance et la qualité des milieux, en collaboration par exemple avec le centre pour l’aquaculture, la pêche et l’environnement de Nouvelle-Aquitaine (Capena) pour évaluer la population de silure glane et son régime alimentaire.

Depuis sa création, au milieu des années 1980, l’association a perdu environ 85 % de ses effectifs.

Les pêcheurs professionnels de Dordogne et de Garonne

Cette association, créée en 1986, rassemble une trentaine de pêcheurs fluviaux exerçant sur la Garonne, la Dordogne et la Charente.

Une dizaine d’entre eux est installée tout au long de la Dordogne. Brochets, perches, sandres, barbeaux, vandoises, mulets, silures sont des captures habituelles en fonction des saisons.

Sur la Garonne, dans sa traversée du Lot-et-Garonne, ils sont deux à pêcher à plein-temps. « Dans les hauts de bassin, les températures de l’eau montent très haut, et les nouvelles règles de pêche dans ces parties du bassin empêchent de pêcher l’anguille, dont les populations semblent pourtant plutôt en bon état » indique Philippe Gautier, l’un de ces pêcheurs de Garonne.

Ils ont également interdiction, depuis 2022, de pêcher la lamproie. Depuis février 2025, un arrêté du préfet de Haute-Garonne, contesté par l’association, mais confirmé, en référé, par la justice administrative, interdit, du 1er février au 31 juillet, l’usage du filet ou de tout autre engin susceptible de capturer accidentellement des poissons migrateurs.

©Vanessa Lauronce

Les pêcheurs ne peuvent désormais utiliser que la ligne de fond à silures sur cette période.

Les pêcheurs professionnels en eau douce sont, ici aussi, parties prenantes non seulement de pêches scientifiques et expérimentales réalisées, sur l’ensemble du bassin, dans le cadre d’un protocole-cadre initié par le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine « pour limiter l’impact du silure sur les poissons migrateurs », mais contribuent aussi aux opérations de réintroduction dans le milieu naturel de jeunes poissons migrateurs, esturgeons européens notamment, nés et élevés en pisciculture.

La Charente accueille, elle, 11 professionnels qui pêchent carnassiers, friture, écrevisse, mulets, et la civelle la saison venue.

Les pêcheurs professionnels de Gironde

« Il ne nous reste guère plus à pêcher aujourd’hui que la civelle et les crevettes blanches » indique Anthony Vignac, le président de l’association des pêcheurs professionnels en eau douce de Gironde. Des ressources qui ne suffisent plus à assurer la viabilité économique des entreprises de ces pêcheurs artisanaux. Des décisions successives de la justice administrative ont annulé arrêtés préfectoraux, plans de gestion, interdit l’usage du filet dérivant… Ils ne peuvent donc plus pêcher de lamproies marines notamment, espèce migratrice qui, cuisinée à la bordelaise, a fait la renommée culinaire de la région. La grande alose, autre espèce migratrice, n’est, elle non plus, plus exploitée. En 2006, face à la diminution inquiétante de ses populations, les pêcheurs professionnels décidaient, en effet, en accord avec les services de l’État, d’établir un moratoire sur sa pêche afin de donner à l’espèce les chances de se reconstituer au plus vite.

Il se capture encore un peu d’anguilles à la fin du printemps. Mais les dates d’ouverture de leur pêche s’étalent, pour grande partie, sur les périodes estivales durant lesquelles les niveaux d’eau sont trop bas et les températures de l’eau trop élevées pour permettre réellement de les exploiter.

Quelques pêcheurs ciblent et commercialisent également le silure, espèce surabondante, ayant colonisé, sur la Gironde comme sur l’ensemble des bassins hydrographiques, la presque totalité des biotopes aquatiques, souvent au détriment des autres espèces piscicoles.

Collaborations scientifiques

Convaincus de leur rôle de veilleurs de l’environnement aquatique, et témoins de ses dégradations, les professionnels de Gironde ont, depuis de nombreuses années, vocation à alerter les pouvoirs publics et ont tissé des partenariats avec les scientifiques pour améliorer les connaissances des espèces patrimoniales qu’ils pêchaient.

En 2010, ils participaient à une vaste étude destinée à mieux comprendre la biologie et le comportement de l’anguille dans les milieux estuariens. Ils sont aujourd’hui impliqués dans des programmes de pêches expérimentales de silures réalisées dans le cadre d’un protocole-cadre mis en œuvre par le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine « pour limiter l’impact du silure sur les poissons migrateurs ».

Ils ont initié, depuis 2021, des opérations dites de « translocation » de lamproies, consistant à transférer des géniteurs sur des frayères de qualité suffisante, et notamment débarrassées de silures. Une « migration assistée » en quelque sorte, incontestablement bénéfique pour la reproduction de l’espèce, selon les suivis scientifiques, mais entravée, pour partie, en 2025, par une nouvelle décision de la justice administrative saisie par l’association Défense des milieux aquatiques et l’association girondine des pêcheurs amateurs aux engins.

L’association compte aujourd’hui trente-quatre pêcheurs répartis sur les eaux de la Garonne, de la Dordogne et de l’Isle, soit plus de 400 kilomètres de cours d’eau. En 1987, année de sa création, elle regroupait cent-quatre-vingt-deux pêcheurs.

Les pêcheurs professionnels des lacs alpins

C’est sur les trois lacs alpins, Léman, Annecy et Le Bourget, que la pêche professionnelle en eau douce en France fut longtemps la plus dynamique. L’association des pêcheurs professionnels des lacs alpins, créée en 1985, compte aujourd’hui cinquante-sept membres.
Ils sont quarante-sept sur le Léman, huit sur le Bourget et deux sur le lac d’Annecy. Sur le Bourget et le Léman, la pêche se pratique à plein temps pour la plupart des pêcheurs professionnels, mais elle n’est pour certains qu’une activité complémentaire. Ils y capturent corégones, perches, ombles chevalier, truites de lac, lottes, brochets, écrevisses qui font le bonheur des restaurateurs et de leurs clients. Sur le Bourget, les poissons sont en nombre, mais ils ne grossissent pas. L’administration a donc accepté de baisser temporairement les tailles de captures tout en fixant des quotas de pêche pour permettre aux pêcheurs professionnels de poursuivre leur activité.

Sur le lac d’Annecy, la pêche professionnelle se porte plutôt bien depuis quelques années. Les populations de corégones sont abondantes, et, plus généralement, les ressources en poissons sont suffisantes pour que deux pêcheurs professionnels les exploitent.

Accord franco-suisse pour la pêche

Pour améliorer la gestion de la ressource, la pêche sur le lac Léman est, depuis 1980, réglementée par un accord franco-suisse, revu tous les 5 ans. La dernière révision date d’août 2025, et le nouvel accord, publié en novembre suivant, en vigueur jusqu’en 2030, impose des restrictions sur les captures de truites et de féras pour consolider les stocks.

Sur le lac Léman, les modifications des paramètres climatiques, biologiques et chimiques des eaux, conséquences du réchauffement des températures, de la présence de populations très importantes de moules quagga et de gammares du Danube, espèces exotiques envahissantes, et également de l’excès d’épuration des rejets anthropiques, se répercutent sur l’abondance et les structures de populations de poissons. Toutefois, les épisodes récurrents de crues semblent épisodiquement permettre une « fertilisation » du lac favorisant la survie des poissons, et plus spécifiquement les espèces d’eau plus tempérée, perches, brochets et poissons blancs.

 

 

Les pêcheurs professionnels de Loire-Atlantique 

Aujourd’hui, l’association agréée des pêcheurs professionnels en eau douce de Loire-Atlantique compte 65 adhérents : 27 fluviaux, 33 marins-pêcheurs et 3 compagnons. Ils étaient 237 à la création de l’association en 1988 dont 150 marins pêcheurs. Une baisse, enregistrée depuis le début des années 1990, qui s’explique par la mise en place du plan de gestion anguille en 2009, de plans de sortie de flotte pour les marins pêcheurs et un plan de cessation d’activité en 2012 pour les professionnels fluviaux.

Sur la Loire, les territoires de pêche s’étendent de Cordemais, à l’aval, à Varades, quelque 100 km plus en amont. 3 pêcheurs sont également installés sur le bassin de l’Erdre, affluent rive droite du fleuve. La Sèvre nantaise, affluent rive gauche, n’est exploitée que la saison des civelles venue. 7 autres pêcheurs posent leurs nasses et filets sur le lac de Grand-lieu, plus grand lac de plaine français en hiver.
Les uns et les autres pêchent, pêle-mêle, civelles, anguilles jaunes et argentées, lamproies, aloses, mulets, brochets, sandres, silures, poissons blancs, écrevisses et crevettes blanches.

L’association contribue à l’acquisition de connaissances techniques et scientifiques sur son territoire dans le cadre de multiples partenariats pêcheurs/scientifiques, à l’image du taux d’exploitation de l’anguille argentée à Grand-Lieu, de la lamproie et de l’alose en Loire, de la mise en place d’un engin sélectif pour la capture des écrevisses exotiques envahissantes, de l’expérimentation d’un verveux à silures sélectif (2025), du taux de prédation du silure sur les lamproies en Loire et les anguilles du marais de Mazerolles (2024-2026)…

Les pêcheurs professionnels du bassin de Loire-Bretagne

L’association couvre l’ensemble des 22 départements du bassin versant de la Loire, hors Loire-Atlantique (Allier, Cher, Creuse, Deux-Sèvres, Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loire, Haute-Loire, Loiret, Nièvre, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe, Puy-de-Dôme, Vendée, Vienne et Haute-Vienne) et les départements de Bretagne (Côtes-d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine et Morbihan).

À sa création, en décembre 1985, l’association comptait une cinquantaine de pêcheurs. Ils ne sont plus qu’une vingtaine en 2026. Ils louent des lots sur les cours d’eaux du bassin de la Loire (Loire, Allier, Cher, Vienne, Maine, Mayenne et Sarthe) ou détiennent des licences sur la Vilaine en Bretagne. Ces pêcheurs déploient leurs filets et posent leurs nasses du Puy-de-Dôme au Morbihan.

D’amont en aval

Les professionnels installés le plus en amont (Loire dans la Nièvre et Allier dans le Puy-de-Dôme) exercent leur activité à temps partiel et font porter leurs efforts de pêche sur la friture et accessoirement sur les carnassiers (silures, brochets et sandres).

Dans le « centre » du bassin, sont recherchés la friture également, mais aussi le silure et les autres cyprinidés (aspe, chevesne, carpe).

Un peu plus en aval, en Indre-et-Loire et Maine-et-Loire, les pêcheurs ciblent les mulets, anguilles, silures, friture et poissons blancs.

Collaborations scientifiques

L’association a longtemps participé à des études menées dans le cadre des Plans Loire Grandeur Nature successifs, portant notamment sur l’évaluation de l’abondance et des flux des anguilles argentées du bassin de la Loire à l’amont d’Ancenis et sur l’analyse de la dynamique des populations d’aloses en Loire moyenne. Ces études, financées par le FEDER, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et l’Établissement public Loire, impliquaient une collaboration scientifique entre l’université de Tours, le Muséum national d’histoire naturelle et l’ensemble des pêcheurs au guideau sur la Loire (pour le suivi des anguilles argentées) et des pêcheurs au filet-barrage (pour le suivi des aloses). Des travaux scientifiques et des actions pédagogiques que portait Mathieu Bodin, depuis 2005, date de son arrivée dans l’association, et avec toujours plus de convictions et d’engagement en 2017, lors de sa nomination à sa direction. L’arrêt par les conseils régionaux et le Plan Loire Grandeur Nature des financements des projets initiés dans le cadre de l’association conduisait à son licenciement économique, en septembre 2025.

Dans un souci de promotion de la profession, de ses techniques de pêche et de son implication dans l’économie locale, de nombreux pêcheurs accueillent des groupes de visiteurs, touristes ou locaux, pour leur présenter leur métier et ses diverses facettes.

Les pêcheurs professionnels du Rhin

À sa création, en 1988, l’association interdépartementale des pêcheurs professionnels en eau douce du bassin du Rhin regroupait quelque vingt-et-un membres. Ils ne sont plus que trois aujourd’hui. Un exerce dans le département du Haut-Rhin, un dans le Bas-Rhin, et le troisième pose ses filets en Moselle. Ces professionnels occupent actuellement une vingtaine de lots, répartis sur le Rhin (grand canal d’Alsace), le vieux Rhin et l’Ill, un affluent traversant la plaine d’Alsace, et l’étang-réservoir de Gondrexange.

Les uns et les autres capturent anguilles, brochets, sandres, tanches, carpes, silures, barbeaux, aspes, ablettes et autres poissons blancs. Sur l’Ill et ses affluents, des restrictions de consommation et de commercialisation des anguilles et des brochets de plus de 1500 grammes sont toujours en vigueur.

« Pêcher moins, mieux et tout commercialiser »

« Ce sont des investissements de longue date qui m’ont permis de développer et de maintenir ma philosophie de pêche, alliant préoccupations environnementales, sociétales et financières. En résumé : pêcher moins, mieux et tout commercialiser. » aimait raconter Adrien Vonarb, figure historique de la pêche professionnelle sur le Haut-Rhin, ex-président de l’association, décédé brutalement en 2023. Il valorisait les espèces abondantes, les transformait en tourte, quiche, les fumait. « Cette approche m’autorise une totale indépendance de capture dans le respect de la biomasse » expliquait-il encore, une approche que son successeur, Jérémy Fuch, perpétue.

Grâce à leurs connaissances des espèces et de l’écosystème, les professionnels sont également sollicités lors de travaux de « suivi scientifique ».

Les pêcheurs professionnels de Rhône aval-Méditerranée

L’association agréée interdépartementale de pêcheurs professionnels en eau douce Rhône-aval Méditerranée (AAIPPED-RAV) regroupe douze pêcheurs professionnels exerçant dans les douze départements de son domaine de compétence situé sur la portion de bassin du Rhône en aval du département de l’Isère, le pourtour méditerranéen et la Corse.

Neuf pêcheurs sont installés sur le fleuve Rhône sur une zone de plus de 200 kilomètres, entre la confluence de l’Isère en amont de Valence et la limite de salure des eaux (Port-Saint-Louis-du-Rhône sur le Grand-Rhône et le pont de Sylvéréal pour le Petit-Rhône). Sur le Rhône, ils exploitent carpes, sandres et silures, espèce introduite envahissante dominant la biomasse halieutique, et mulets et loups en aval d’Arles, sur la zone mixte fluviale accessible également aux marins pêcheurs membres de l’AAIPPED. À noter que la pêche de l’anguille, espèce impactée par les aménagements du fleuve, la dégradation et la pollution des cours d’eau, n’est plus autorisée aux pêcheurs du Rhône sur décision des services de l’État.

Deux autres pêcheurs exploitent les étangs d’eau douce de Vauvert-Gallician en petite Camargue, dans le Gard. Ils ciblent essentiellement, sandres, anguilles et poissons blancs.

Certains se sont spécialisés dans les pêches de sauvetage des poissons lors de travaux en plans d’eau et cours d’eau, et peuvent contribuer à des pêches d’inventaires.

Enfin, l’AAIPPED, avec l’appui du Conapped, contribue à l’élaboration d’un projet de suivi pluriannuel de l’abondance et de la production des anguilles d’avalaison sur le Rhône, avec la technique de pêche au guideau, qui devrait débuter en 2026. Ce projet inscrit au plan de gestion des poissons migrateurs (Plagepomi), fait l’objet d’une collaboration entre de nombreux acteurs techniques et scientifiques : Compagnie nationale du Rhône (CNR), Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Muséum national d’histoire naturelle-Centre de recherche et d’enseignement sur les systèmes côtiers (MNHN-CRESCO), Pôle sur la gestion des Migrateurs Amphihalins dans leur Environnement (MIAME), Office français de la biodiversité (OFB) et Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse.

Les pêcheurs professionnels de la Saône, du Doubs et du Haut-Rhône

Le territoire de l’association s’étend sur les départements de la Haute-Saône, du Doubs, du Jura, du territoire de Belfort, de la Côte-d’Or, de la Saône-et-Loire, de l’Ain et du Rhône. Elle regroupe vingt-trois pêcheurs dont quatre compagnons.
Les uns et les autres exploitent des lots situés sur le Haut-Rhône entre la frontière suisse et Lyon, la Saône, la Seille, affluent de la rive gauche de la Saône et le Doubs. La plupart de ces cours d’eau sont encore sauvages, comme la Saône en amont de Chalon-sur-Saône. Chaque pêcheur exploite de 5 à 15 kilomètres de cours d’eau.

Ils capturent essentiellement sandres et ablettes sur le bassin de la Saône, et des poissons blancs et du silure sur le Haut-Rhône, vendus, depuis toujours, aux restaurants de bord de rivière qui les cuisinent en friture pour l’ablette, plutôt en produits transformés pour les poissons blancs.

Mais nombre de ces pêcheurs sont aussi investis dans des projets de connaissance et des travaux de gestion, de préservation et de restauration des milieux aquatiques : prairies inondables de la Saône propices à la reproduction du brochet, pêches de sauvegarde des poissons, par exemple… Leurs déclarations de captures, renseignées à chaque sortie sur le long terme, apportent aux scientifiques et aux services gestionnaires des éléments essentiels à la connaissance du fonctionnement et de l’évolution des populations piscicoles. Ces données ont contribué par exemple à une modélisation écosystémique de la Saône aval mettant en évidence l’impact du développement du silure et de la corbicule sur l’ensemble de l’écosystème. Ces données permettent également aux services de l’État d’adapter la réglementation lors des renouvellement des baux de pêche (tous les cinq ans).

Les pêcheurs professionnels de Seine et du Nord

Son territoire couvre 26 départements, de la Manche aux Vosges, du Pas-de-Calais à l’Yonne, mais seules l’Oise, dans sa traversée du département du Val d’Oise, la Seine dans sa traversée des départements de l’Eure et des Yvelines sont, pour partie, exploitées par quatre pêcheurs et une pêcheuse professionnels. Dans leurs nasses et filets, ils et elle capturent silures, carpes et brèmes. « Une grande majorité des poissons que nous pêchons s’écoule facilement auprès de restaurateurs. » indique Yoann Bertolo, le président de l’association. Sur ce vaste territoire, de nombreux lots de pêche pourraient être ouverts. Mais l’administration se refuse, comme dans l’Yonne, à les attribuer. Décision suffisamment arbitraire pour que la justice administrative l’annule à la suite d’une requête de l’association. Pour autant l’administration campe toujours sur sa position de refus.

Sur la Seine, les projets d’installation de nouveaux pêcheurs se heurtent aux interdictions totales de consommation et de commercialisation des poissons pour cause de PCB en vigueur depuis plus d’une quinzaine d’années, sans qu’aucune réévaluation n’ait été réalisée. L’AAPPED a néanmoins lancé une démarche difficile de révision de ces interdictions, se heurtant à de nombreuses difficultés administratives et financières pour tenter d’obtenir un assouplissement.

Aujourd’hui, les cinq pêcheurs professionnels assurent l’essentiel de leurs revenus en réalisant des prestations, de pêches de sauvetage lors de vidanges de barrages et d’étangs, souvent en collaboration avec des pisciculteurs, ou de pêches à l’électricité en cours d’eau. « Ces demandes de pêche de sauvetage sont plus nombreuses que nous pouvons en réaliser à nous cinq » précise Yoann Bertolo.

À son origine, en février 1986, l’association interdépartementale des pêcheurs professionnels en eau douce des bassins de Seine et du Nord comptait quelque 25 pêcheurs.