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Garonne-Dordogne : année faste pour les remontées de grandes aloses

12 octobre 2026

245 000 : c’est le nombre estimé de grandes aloses adultes, correspondant aux alosons nés entre 3 et 7 ans auparavant et ayant remonté en 2026, la Garonne-Dordogne pour frayer. Une abondance que le bassin n’avait pas enregistré depuis plusieurs années. Précisions et éléments d’explications avec William Bouyssonnie, chargé de missions de l’association Migrateurs Garonne-Dordogne-Charente-Seudre (Migado).

Pouvez-vous rappeler les différentes méthodes de calculs de remontées des grandes aloses sur le bassin Garonne-Dordogne ?

Pour calculer l’effectif de reproducteurs sur le bassin Garonne/Dordogne, on cumule les géniteurs qui sont passés à Tuilières et à Golfech, donc comptabilisées au niveau des stations de contrôle et accédant aux zones amont de la Dordogne et de la Garonne, avec les effectifs en reproduction à l’aval de ces deux ouvrages et calculés grâce au suivi des « bulls » (photo).

Sont-ce les mêmes approches sur les autres bassins hydrographiques ?

Au final, peu de bassins suivent de manière aussi intense la grande alose, c’est-à-dire toutes les frayères, quasiment toutes les nuits en écoute directe et à l’aide d’enregistrements. Cela représente près de 1000 heures de suivis sur une saison. C’est une chance que nous avons de pouvoir le faire. Par exemple, sur le Rhin ou sur l’Adour actuellement, il n’y a pas de suivis tous les ans de la reproduction de la grande alose ou sur toutes les frayères. Ce sont surtout des comptages au niveau des barrages. Ainsi sur ces bassins, c’est surtout un indicateur de la reproduction qui est calculé, mais c’est déjà bien !, et pas un effectif de géniteurs.

Environ 1 000 remontées de grandes aloses enregistrées, chaque année, en 2024 et 2025, dans les passes à poissons. Environ 40 000 en 2026. Quelles sont, selon vous, les raisons de cette recrudescence de remontées ?

Oui c’est bien ça, 40 000 aloses entre Tuilières et Golfech cette année. Alors ce chiffre important est en lien direct avec les géniteurs globaux cette année sur le bassin, au total environ 245 000 aloses. C’est-à-dire que c’est une proportion : plus vous avez de géniteurs à l’aval des deux barrages et plus vous en avez qui vont le franchir. En gros cette année, 205 000 en reproduction à l’aval, contre 7 000 en moyenne sur 2024 et 2025, et 40 000 aux deux stations, contre en moyenne 1 800 sur les deux années précédentes. Souvent on tourne entre 20 et 30 % de géniteurs en amont par rapport à ceux en aval.

« Comme l’année précédente, le seul point positif de ce bilan des migrations [en 2025] provient de la grande alose dont les effectifs, sur certains axes (Gave de Pau et Saison mais pas Gave d’Oloron), dépassent très largement les records « historiques » précédents. » indique Migradour. Peut-on faire un lien entre les situations en Adour et en Garonne-Dordogne ?

Effectivement, il y a des retours très intéressants sur l’Adour également, mais pour en avoir discuté avec Migradour, ça date déjà de 2023, et ce n’est pas lié uniquement à 2026 comme chez nous. Par contre, on a aussi une augmentation notable des remontées sur le bassin du Rhin en 2026. Ça à l’air d’être moins marqué sur les autres bassins, mais on est justement en train de faire un point avec tous les bassins pour voir s’il n’y a pas justement une raison « marine » à cette recrudescence liée notamment à une meilleure survie en mer.

Sur notre bassin, par contre, on explique en grande partie les bonnes remontées 2026 par une très bonne production d’alosons en 2021 et les années qui ont suivi, donc avec une amélioration nette du milieu à produire des alosons à partir de cette date, qualité d’eau, chaîne trophique… on ne sait pas l’origine.

Et enfin dernier facteur qui influence le nombre de géniteurs, c’est la limitation de la prédation des aloses par le silure. C’est quasiment impossible à quantifier en termes de « gain d’aloses ». Par contre ce qui est sûr, c’est que, depuis 2025, les attaques de « bulls » ont fortement chuté sur certaines zones, à Golfech notamment.

Les populations d’aloses progressent mais pas celles des lamproies marines. Comment peut-on l’expliquer ?

Alors effectivement, il semblerait que les populations de grande alose vont mieux sur certains cours d’eau mais l’équilibre est fragile, et on le voit, par exemple, avec les sécheresses et les canicules qui impactent fortement les milieux. Il faudra donc être un peu patient avant de confirmer la tendance, notamment avec le suivi des alosons.

Concernant les lamproies, malheureusement je ne sais pas si on a des données suffisantes sur la production d’ammocètes (larves) sur le bassin pour pouvoir appréhender un peu mieux la variation inter-annuelle de géniteurs plusieurs années après.

C’est vrai que concernant l’alose, on commence à bénéficier de suivis qui peuvent nous guider dans l’interprétation. Pour la lamproie, il est probable que le bénéfice des translocations, par exemple, ne soit pas encore perceptible.

«  Une sacrée coïncidence, qui n’est pas à négliger »

« L’association des pêcheurs professionnels en eau douce de Gironde a commencé les pêches de régulation de silures en 2021, notamment sur la frayère d’aloses de Saint-Sixte. De très nombreux silures ont alors été extraits de l’eau. On ne peut pas affirmer avec précision et certitude que c’est la cause principale des augmentations du nombre d’alosons constatées à partir de 2021 sur les zones de frayères et qui pourrait expliquer l’augmentation des remontées d’aloses ces dernières années et en particulier en 2026, parce que plusieurs facteurs doivent jouer. Mais c’est tout de même une sacrée coïncidence, qui n’est pas à négliger.
Cette année encore MIGADO a pu mettre en évidence l’effet très positif des pêches de régulation de silures sur la diminution significative des attaques de bulls par le silure et a contrario une augmentation de ces attaques dès lors que ces pêches ont été arrêtées. »

Émilie Rapet, chargée de mission pêche et environnement pour les associations de pêcheurs professionnels  en eau douce de Gironde et d’Adour
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