Environnement

À l’affût du saumon rose du Pacifique

20 juillet 2021

Onconrhynchus gorbusha, l’une des six espèces de saumons roses du Pacifique, continue de coloniser Mer de Norvège, mer du Nord, Manche et Atlantique nord-est. Depuis le début de l’année, quelque treize mille de ces saumons ont ainsi été pêchés, en Norvège, en mer, lors de la campagne de hareng, sur le littoral et en rivières. En juillet dernier, un spécimen était capturé, en France, sur la Bresle, petit fleuve se jetant dans la Manche, au Tréport (Seine-Maritime).

Espèce introduite

« Le saumon rose est anadrome obligatoire, c’est-à-dire qu’il vit en mer et se reproduit en eau douce, et colonise les côtes américaines et asiatiques du Pacifique entre le 40° N et le 70° N. Il a été introduit intentionnellement en Europe et a colonisé, dès 1960, la Norvège et l’Islande et, dans les années suivantes, la mer Baltique, l’Écosse, l’Angleterre et l’Irlande. » indique Marie Lecomte, chargée de mission pour le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) et le Comité national de la pêche professionnelle en eau douce (Conapped). « La vague de migration de l’année 2017 a été particulièrement abondante et a touché des zones géographiques jusqu’alors non colonisées, dont la France. » complètent Laurent Beaulaton, Quentin Josset et Jean-Luc Baglinière, auteurs, en juin 2021, d’une note pour l’Office français de la biodiversité. « Les premiers résultats de campagnes scientifiques ciblant le hareng en mer de Norvège suggèrent que l’année 2021 pourrait surpasser les années 2017 et 2019 en captures de saumons roses. » précise Marie Lecomte. Avant 2017, il n’avait pris ses quartiers que dans onze rivières norvégiennes. Un an plus tard, il était présent dans deux cent soixante-douze cours d’eau norvégiens avec des populations estimées à quelque dix mille spécimens.

En 2017, cent trente-neuf saumons roses étaient capturés sur des rivières écossaises, et en 2018, des œufs étaient retrouvés sur trois d’entre elles. La même année, environ deux cents individus étaient recensés en Angleterre et au Pays de Galles, mais seulement deux en Irlande du Nord.

Incursions dans les fleuves français

En France, un mâle, d’une quarantaine de centimètres, était capturé, en août 2017, sur la Canche, petit fleuve côtier du Pas-de-Calais, à 22 kilomètres de l’estuaire. Dans la foulée, en septembre, un mâle également mordait à l’hameçon d’un pêcheur installé sur les berges du Gouët, petit fleuve se jetant dans la baie de Saint-Brieuc en Bretagne nord. La station vidéo de Kehamon, sur l’Elom (Finistère), enregistrait nombre d’aller-retour d’un spécimen d’une quarantaine de centimètres également.

Un constat de progression de la colonisation qui a conduit, en juin dernier, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec à lancer « un appel à la vigilance ». L’Office français de la biodiversité a, lui aussi, en ce mois de juillet, demandé aux pêcheurs de signaler au centre national d’interprétation des captures de salmonidés (cnics@ofb.gouv.fr) toute prise accidentelle de saumon rose du Pacifique.

Saumon rose piégé en montaison sur la Bresle, le 12 juillet 2021, ©Q. Josset-OFB. Oncorhynchus gorbuscha ne vit guère plus de deux ans et les adultes atteignent une taille moyenne de 50 cm pour un poids moyen de 2 kg.

Pacifique contre Atlantique

Période de reproduction entre août et novembre, dans des eaux fraîches des parties basses des cours d’eau… Des spécificités du saumon rose du Pacifique qui ne semblent pas devoir entrer en concurrence avec les espèces de salmonidés autochtones. « Dans les cas des rivières françaises, les risques sur la faune pisciaire et notamment sur les espèces de salmonidés indigènes (saumon atlantique, Salmo salar, et truite commune, Salmo trutta) semblent a priori devoir rester faibles […] On ne sait pas quel sera le comportement du saumon atlantique et de la truite de mer lors de leur migration en rivière dans les parties basses des cours d’eau en présence d’une abondante population de saumons roses qui utiliserait les mêmes pools lors de sa remontée en rivière. On ne peut cependant pas écarter tout risque, en particulier pour les rivières se jetant dans la Manche qui peuvent présenter des cours d’eau rapidement entravés et des rivières essentiellement de nappe pouvant avoir des températures de l’eau suffisamment froides dès le mois de septembre » précise l’Office français de la biodiversité.